L’hôtel Shefayim, au nord de Tel-Aviv, flotte dans des limbes, hors du temps. On dirait un rêve, une stase après la mort, entre enfer et paradis. Des perruches à collier piaillent dans le jardin aux pelouses arborées. Des enfants crient. Avichai Brodetz, 42 ans, lui, est seul. Il est enfoncé dans une chaise basse en plastique bleu, comme un boxeur sonné, rejeté dans les cordes. « La tente, là, c’est pour les deuils », pointe-t-il sans pouvoir aller s’y effondrer. Sa femme, Hagar, sa fille aînée, Ofri, 10 ans, son cadet, Yuval, 8 ans, son benjamin, Uriah, 4 ans et demi, ne sont pas là. Il ne sait pas s’ils sont morts ou vivants. Pourquoi est-il ici, et pas eux ? « Je n’étais pas à la maison », explique-t-il.…