Je m’entends parler comme dans un rêve, inviter les clients à franchir le seuil en arrondissant mon bras dans un geste cérémonieux. Est-ce vraiment moi ? Je me vois les accompagner – par ici, par ici – jusqu’à une table libre. Installez-vous, je vous apporte la carte tout de suite. J’avais un vrai bistrot, autrefois. Pied de cochon rôti et pommes sarladaises, rognons de veau, tripes à l’ancienne, cervelle au beurre noir, côte à l’os pour deux, gratins, terrines, pâté de couenne, des merveilles élaborées en cuisine par Monique, ma moitié, mon ange cuistot. Le liquide, c’était mon rayon. Du rouge, du blanc, des bulles, armagnacs, cognacs, prunes, mirabelles, marcs. Belle cave, belle cuisine, du rustique éclairé, juste un peu canaille, du populaire raffiné pour papilles aguerries.
Je savais conseiller…
