Comment expliquez-vous l’émergence en France des particularismes alimentaires, comme le régime sans gluten, le régime sans sucre, le végétarisme, le véganisme…?
Pascal Ory C’est la combinaison de deux grandes tendances. La première est le déclin du monde rural au profit d’une société citadine qui entretient un tout autre rapport à l’alimentation et aux produits ingérés. Jadis, on cohabitait avec l’animal, qu’on avait tendance à individualiser, à affubler d’un petit nom, etc., et que, dans la foulée, on tuait, pour le manger: aucune contradiction pour un omnivore. Aujourd’hui, cette relation est complètement clivée. D’un côté, l’animal-aliment est industrialisé, et d’autant plus éloigné de l’humanité; d’autre part, nos animaux de compagnie, qu’on ne va certainement pas consommer. La deuxième tendance profonde, c’est la progression de l’individualisme, qui concerne aussi bien le convive…