Les détonations de La Fête Dieu à Séville projettent sur les trois portées leur myriade de flammes, le piano invente son orchestre, grave d'orgue, trompettes claironnantes, le ciel lui-même s'ouvre pour la méditation centrale, belle, recueillie comme une saeta. Espagne? Certes, mais ce que Nelson Goerner fait surgir d'abord des tonnes de notes qu'Albéniz a libérées de son imaginaire pour mieux stupéfier ses contemporains, c'est l'invention sans frein d'un piano moderne, qui enjambant Debussy, annonce déjà Messiaen. Roger Muraro (Accord, 1997) avait lui aussi tenté ce parallèle, mais à rebours, entendant chez Albéniz ce que pouvait y avoir vu Messiaen, Nelson Goemer projette littéralement Iberia dans son futur, avec l'aide de l'admirable Steinway de Flagey réglé avec art par Michel Brandjes. Fascinant intellectuellement, mais aussi par la simple présence pianistique,…
