Tcherniakov peut-il croire au mythe? Assurément non. Voici, dans une dictature en déliquescence, qu’Énée fait assassiner son royal beau-père, sans avoir compris que les ennemis auraient aussi bien fait le travail. Son épouse, Créuse, lucide, se suicide. Énée fuit pour se retrouver en clinique psychiatrique, où une sympathique patiente, qui se prend pour la reine de Carthage, lui rappelle cette épouse perdue : même robe jaune – et, si Garanca n’avait renoncé, même physique élancé. Au jeu de rôles, la rencontre sera pour elle projection, pour lui repli. Passant outre ses regrets, il assumera son obsession, la laissant se suicider aux barbituriques… C’est diablement intelligent et superbement dirigé, mais cela se tient si loin de l’émotion, de la vérité des Troyens. Reste la partition, fleuve irrésistible, qu’on ne saurait tarir.…