Brindille sexagĂ©naire, tonus survoltĂ© et bague en turquoise, Anne Lauvergeon, ancienne patronne dâAreva quand il Ă©tait n° 1 mondial du nuclĂ©aire civil, pose son carnet de notes, le dĂ©cale un peu. LĂ Ă©taient les parapheurs, lĂ lâoursin fossilisĂ©, ses mains dĂ©passant dâun chemisier volantĂ© recomposent la topographie du bureau de François Mitterrand. Elle corrige, redresse. VoilĂ , nous y sommes. La feuille Ă©tait exactement posĂ©e Ă cette distance, et le prĂ©sident de la RĂ©publique, pendant des mois, a travaillĂ©, tĂ©lĂ©phonĂ©, rĂ©flĂ©chi, le regard aimantĂ© par ce morceau de papier, encre bleu outremer, sur laquelle il avait Ă©crit ces phrases prononcĂ©es, visage glacĂ©, le 4 mai 1993 Ă Nevers, lors de lâenterrement de Pierre BĂ©rĂ©govoy, son ancien Premier ministre suicidĂ© trois jours auparavant : « Toutes les explications du monde ne justifierontâŠ
