Le « Boléro » de Ravel dure une quinzaine de minutes. Pour ne pas allonger la commémoration de l’armistice de 1918 et laisser frissonner sous le crachin les invités, il fallut ramener la partition à quatre minutes. Aussi, jusque tard l’avant-veille, Renaud Capuçon, violoniste français, et Yo-Yo Ma, violoncelliste américain, ont par texto échangé leurs propositions de coupes. Ce 11 novembre, le morceau est prêt. Devant les 72 chefs d’Etat entourant Emmanuel Macron, Capuçon s’avance. Soudain, le quadragénaire, qui se produit plus de 100 fois par an dans les salles les plus prestigieuses, éprouve une émotion inconnue, très différente du trac : quelque chose de pesant, de paralysant. « Une chape tombée sur ma nuque », raconte-t-il. Quelques instants plus tard, son solo achevé, l’artiste réalise, dans le bus le…