Il y a quatre ans, Michel Serres nous quittait. Cybernétique, communication, religions, histoire des sciences, art, mathématiques, corps, symboles, langues, océans, alpinisme, Tintin, tout intéressait le philosophe, mais c’est la persistance de la violence qui l’obsédait. Il avait reçu dès son plus jeune âge de terribles leçons : guerre d’Espagne à 6 ans ; Blitzkrieg, défaite et la débâcle à 9 ans ; à 14, la Libération et les règlements de compte, la découverte des camps de la mort, puis les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki. Ces deux dernières tragédies, notamment, marquèrent au fer rouge son âme adolescente. Elles en vinrent à symboliser pour lui la plus grande déchirure de l’Histoire, la marque ineffaçable d’une authentique disruption conceptuelle que la philosophie se devait de penser à bras-le-corps :…
