Il arrive qu’un roman fasse histoire. Qu’il nous en fasse éprouver le sentiment, mieux que tout ouvrage historique. C’est le cas, très rare, de cette prodigieuse saga berlinoise qui resurgit soixante-dix ans après sa première publication à Francfort. Notre siècle nous réserve parfois de ces trésors miraculeusement exhumés d’un passé très lointain. L’écriture en avait débuté en 1932, à Berlin, juste avant l’arrivée au pouvoir des nazis. Elle se poursuivit en Tchécoslovaquie, en Palestine, à Londres, où Gabriele Tergit, juive, chroniqueuse judiciaire chassée de son journal, le Berliner Tageblatt, avait trouvé refuge, poursuivant pendant quinze ans, contre vents et marées, la rédaction de ce millier de pages.
À Berlin, non loin d’une Potsdamer Platz postmoderne, il existe une promenade Gabriele-Tergit. Hommage tardif à celle qui fut l’une des journalistes les…
