Si vous fabriquez du vin, on refusera de goudronner la route qui mène à votre usine. Ciel gros, orageux, en guerre contre l’air. C’est l’hiver. A la périphérie des villages algériens, on retrouve ces débuts timides de champs aux maigres récoltes et, surtout, les ruines des anciennes caves à vins. Vestiges, signes et indifférence. On les laisse se ruiner en silence, on attend que les murs tombent, on les investit de béton et de temps. C’est que le vin, autrefois prestige de la terre algérienne, est mal vu. On le boit mais on se cache. Il est solaire, fort, dru; mais sombre, négligé, rejeté, clandestin. Il n’y a pas de terrasses pour les bars, l’alcool est nocturne, la dégustation hâtive, l’approvisionnement inquiet. On cherche l’ivresse rapide. En Algérie, les interdits…
